Garde & enfants : vos questions ?… Nos réponses

Beaucoup de parents l’ignorent encore : donner une fessée à son enfant est interdit en France depuis 2019. Et depuis un arrêt du 14 janvier 2026, les conséquences sur l’autorité parentale ne souffrent plus aucune ambiguïté.
Longtemps toléré sous le nom de « droit de correction », le fait de donner une gifle, une fessée ou toute autre correction physique à un enfant est aujourd’hui formellement illégal. La loi du 10 juillet 2019 a mis fin à cette tolérance en inscrivant dans le Code civil l’interdiction des violences éducatives ordinaires. Un arrêt rendu le 14 janvier 2026 vient confirmer la portée de ce texte — et surtout ses conséquences directes sur l’autorité parentale du parent concerné.
► 2019 : la fin du « droit de correction »
Pendant des décennies, la jurisprudence française reconnaissait aux parents un « droit de correction » implicite, tolérant les punitions physiques légères à condition qu’elles restent proportionnées et non abusives. Ce principe non écrit était régulièrement invoqué pour écarter la qualification de violence sur mineur dans des situations pourtant constitutives de mauvais traitements.
La loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires a mis fin à cet état du droit. Elle a modifié l’article 371-1 du Code civil, qui définit l’autorité parentale, en y ajoutant un alinéa dont la rédaction ne laisse place à aucune interprétation :
« L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. »
Ce texte bref est d’une portée considérable. Il ne distingue pas selon la gravité du geste, selon l’intention éducative du parent, ni selon le résultat sur l’enfant. Toute violence physique — y compris la fessée, la gifle ou la tape sur la main — est désormais constitutive d’une violation de la loi, quelle qu’en soit la forme ou le contexte.
La fin d’un angle mort juridique
Avant 2019, un parent poursuivi pour avoir donné une fessée pouvait invoquer le droit de correction pour échapper à toute sanction. Ce moyen de défense a disparu avec la loi. Un parent qui frappe son enfant — même légèrement — ne peut plus se prévaloir d’une prérogative parentale pour justifier son geste. Le fait est constitutif d’une infraction, et peut être sanctionné comme tel.
► L’arrêt du 14 janvier 2026 : les conséquences sur l’autorité parentale
Si la loi de 2019 posait le principe, la question de ses conséquences précises sur l’autorité parentale restait parfois floue dans la pratique judiciaire. L’arrêt rendu le 14 janvier 2026 apporte une clarification décisive.
Il confirme sans ambiguïté le lien direct entre la commission de violences physiques sur un enfant — même qualifiées de « légères » ou « éducatives » par le parent — et le prononcé du retrait de l’exercice de l’autorité parentale. La condamnation pénale pour de tels faits entraîne l’application des mécanismes prévus aux articles 378 et suivants du Code civil : le juge pénal est tenu de se prononcer sur le retrait, et le rétablissement dans l’exercice de l’autorité parentale ne peut être sollicité avant l’expiration d’un délai d’un an.
Cet arrêt s’inscrit dans la continuité de l’évolution législative engagée depuis 2019 et de la loi du 30 juillet 2020 sur les violences conjugales, qui avait déjà renforcé l’automaticité du retrait de l’autorité parentale en cas de condamnation pour violence sur un membre de la famille. Il en étend la logique aux violences exercées directement sur l’enfant.
► Retrait d’autorité parentale et délai d’un an : ce que ça signifie concrètement
Le retrait de l’autorité parentale est l’une des sanctions les plus lourdes du droit de la famille. Il prive le parent condamné de l’ensemble des droits attachés à l’autorité parentale :
- Plus de droit à la codécision sur les actes importants concernant l’enfant (scolarité, soins médicaux, départ à l’étranger) ;
- Plus d’accès automatique aux informations scolaires et médicales ;
- Plus de droit de visite et d’hébergement, sauf décision contraire expresse du juge.
Une fois ce retrait prononcé, le parent condamné ne peut pas demander son rétablissement avant un délai d’un an. Ce délai incompressible remplit un rôle protecteur essentiel : il empêche le parent condamné de reprendre le contrôle via la procédure judiciaire immédiatement après sa condamnation, et laisse à l’enfant le temps de se reconstruire dans un environnement stable et sécurisé.
À l’issue de ce délai, une demande de rétablissement reste possible — mais le juge n’est pas tenu de l’accorder. Il évaluera l’évolution réelle du comportement du parent et l’intérêt de l’enfant au moment de statuer.
Et le droit de visite ?
Le retrait de l’autorité parentale n’emporte pas de plein droit la suppression du droit de visite. Mais dans les faits, un juge qui vient de retirer l’autorité parentale à un parent pour violences sur l’enfant ordonnera le plus souvent soit la suppression du droit de visite, soit sa médiatisation dans un espace de rencontre encadré par des professionnels. Le maintien d’un droit de visite libre dans ces circonstances est exceptionnel.
Il convient toutefois de distinguer deux mesures que le droit ne confond pas.
Le retrait de l’autorité parentale est la sanction la plus radicale : elle prive le parent de l’intégralité des droits attachés à sa qualité de parent, y compris le droit à l’information sur l’enfant.
Le retrait de l’exercice de l’autorité parentale est une mesure plus graduée : le parent conserve son statut juridique de titulaire de l’autorité parentale — et donc son droit d’être informé des décisions importantes concernant l’enfant — mais il est dessaisi de tout pouvoir de décision. C’est l’autre parent, ou le tiers désigné, qui exerce seul ce pouvoir au quotidien.
En pratique, le choix entre ces deux mesures suit une logique de proportionnalité :
- Violences graves → retrait de l’autorité parentale ;
- Violences moins graves ou manquements sérieux sans atteinte directe à l’intégrité de l’enfant → retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
► Ce que tout parent doit savoir au quotidien
L’interdiction des violences éducatives ordinaires ne vise pas à transformer les parents en justiciables à la moindre maladresse. Elle pose un cadre clair dont chacun doit avoir conscience.
Ce qui est désormais interdit
Toute violence physique, quelle que soit son intensité : la fessée, la gifle, la tape sur la main, la claque sur la tête, le pincement ou toute autre forme de correction corporelle. Mais aussi les violences psychologiques : humiliations répétées, intimidations, menaces, dénigrement systématique.
Ce qui peut déclencher une procédure
Un signalement d’un enseignant, d’un médecin, d’un voisin ou de l’enfant lui-même peut suffire à déclencher une enquête. Les professionnels de l’enfance (médecins, infirmières scolaires, enseignants) sont légalement tenus de signaler les situations de danger — y compris les violences « légères » si elles sont répétées.
L’autorité parentale et les violences physiques : deux choses distinctes
Beaucoup de parents confondent fermeté et violence. La loi, elle, les distingue très clairement. Punir, priver d’écran, hausser le ton, imposer une sanction : tout cela reste dans le champ de l’éducation. Frapper, gifler, humilier de façon répétée : c’est une autre catégorie, celle que la loi interdit.
→ Consultez également : L’autorité parentale avec LADICE AVOCATS et notre article sur Violence conjugale et autorité parentale
► En résumé : ce qu’il faut retenir
- ✔ Depuis la loi du 10 juillet 2019, toute violence physique ou psychologique sur un enfant est formellement interdite, y compris la fessée.
- ✔ Le « droit de correction » parental n’existe plus en droit français — invoquer l’intention éducative ne constitue pas un fait justificatif.
- ✔ L’arrêt du 14 janvier 2026 confirme que la condamnation pour de tels faits entraîne le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
- ✔ Le parent condamné ne peut pas demander son rétablissement avant un an à compter de la décision de retrait.
- ✔ Le droit de visite peut être supprimé ou médiatisé dans un espace de rencontre encadré.
- ✔ L’interdiction ne remet pas en cause l’autorité des parents — elle en exclut uniquement la composante violente.
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